LA PRISE DE JERICHO

Josué 5:6-20

Ou comment avancer dans la vie (et dans la vie éternelle)

prédication du pasteur Marc Pernot

Les hébreux sont sortis d’Égypte et ils arrivent enfin, après bien des aventures, en Terre Promise. Nous le voyons, ils trouvent là de la nourriture, et il leur suffit de lever les yeux, comme Josué le fait, pour sentir la présence de Dieu. Vraiment, ils sont bel et bien au but de leur marche, avec Dieu et grâce à Dieu.

Mais alors, comment se fait-il qu’aussitôt, le peuple se trouve confronté à une terrible épreuve ? C’est que Dieu n’est pas là pour effacer toute difficulté dans la vie comme s’il agissait à notre place, mais Dieu veut nous aider à surmonter et à dépasser les difficultés que nous rencontrons. Des difficultés sur la route de notre vie, il y en a de toutes sortes. Les adultes pensent parfois que leurs problèmes sont les plus difficiles à surmonter que ceux des enfants, mais ce n’est pas du tout certain que ce soit le cas.

L’histoire de la prise de Jéricho est un véritable mode d’emploi pour faire face aux situations difficiles, et cette histoire nous dit que Dieu nous aide, et qu’il peut nous permettre de gagner contre des difficultés terribles qui normalement auraient dû être plus fortes que nous.

Remarquons d’abord que Dieu dit que cela va prendre 7 jours de préparation. Il faut du temps. Dieu sera là pour aider, il fera des prodiges, mais personne ne sort facilement d’une épreuve difficile, il faut du temps et cela demande aussi notre participation, comme on le voit dans cette histoire.

Le récit nous dit qu’il faut 7jours de travail avant de prendre Jéricho. Dans la Bible, cette durée de 7 jours est bien connue, elle évoque le temps qu’il faut à Dieu pour créer le monde, en particulier pour créer l’humain et qu’il reçoive la bénédiction de Dieu à l’aube du 7e jour. Ce que nous dit donc cette histoire de la prise de Jéricho, c’est que pour surmonter une difficulté, il nous faut vivre une sorte de création supplémentaire, une genèse et une bénédiction de Dieu. À la réflexion, c’est assez logique : si quelque chose nous pose un problème grave, c’est que la difficulté dépasse nos forces, ou que la situation est si nouvelle que nous ne savons pas comment nous en sortir. On ne peut donc surmonter la difficulté sans un supplément de création. Et à vrai dire il n’y a pas de meilleur créateur que Dieu lui-même.

Dans cette histoire, nous voyons que Dieu demande aux hébreux de faire quelque chose pendant ces 7 jours. Dieu nous appelle ainsi à participer à notre propre création. On se dit que Dieu n’a qu’à faire un  petit miracle supplémentaire et qu’il nous rende assez fort et intelligent en une fraction de seconde, en un coup de baguette magique. Mais ce n’est pas possible. Il ne peut nous faire évoluer dans ce domaine qu’avec du temps et qu’avec notre participation.

Les hébreux auraient pu rire quand Dieu leur demande de tourner en rond autour des murailles en sonnant de la trompette pour détruire une forteresse imprenable. Mais ils connaissent Dieu et qu’avec lui une toute petite action humaine peut avoir un résultat formidable.

Ce que Dieu conseille de faire aux hébreux n’est pas très compliqué ni fatiguant, ils ont simplement à tourner en rond avec un coffre sacré et jouer de la trompette, sans perdre patience, pendant 7 jours, puis de crier ce qui leur passera par la tête. Ils auraient pu rigoler devant ce conseil pour vaincre une forteresse comme Jéricho. Mais ils le font, le temps nécessaire.

Qu’est-ce que cela nous conseille pour faire face à une terrible difficulté que nous rencontrons dans notre vie ? Cette histoire nous propose d’abord de tourner autour du problème. Jéricho est l’image d’une épreuve grave, il est dit « qu’elle était totalement fermée, que rien n’en sortait et rien n’y entrait ». C’est l’impression que nous pouvons avoir dans certaines situations dont il nous semble qu’il ne peut rien sortir de bon et dont nous ne voyons absolument pas comment y changer quelque chose… Quand nous sommes ainsi bloqué, il est bon de faire comme les hébreux dans cette histoire : reconnaître que nous sommes trop faible pour attaquer le problème directement, et tourner autour du problème, pour le connaître, pour en voir les limites.

Le risque de cette démarche est de tourner en rond sans être plus avancé. Mais ici, les hébreux ne tournent pas bêtement en rond. Ils tournent en rond autour de Jéricho en portant le coffre qui contient les tables de la Loi données par Moïse, et quelques souvenirs du salut de Dieu dans le passé. Ce qu’ils nous conseillent, donc, c’est de faire le tour de ce qui ne va pas dans notre vie en compagnie de la Bible, d’en faire le tour aussi avec la mémoire de ce que Dieu a déjà fait dans le passé. Vous croyez que ça sert à rien ? Demandez à des croyants autour de vous ce que cela leur a apporté. Ceux qui n’ont pas assez essayé ne peuvent même pas imaginer ce que c’est.

Ils ne vont pas trouver dans la Bible une astuce toute faite pour vaincre l’obstacle terrible, non, mais la Bible nous aide pour mieux connaître la vie en nous posant de bonnes questions, et à mieux compter sur Dieu pour ce qu’il veut et peut nous apporter.

Dans un premier temps, les hébreux doivent tourner autour du problème avec la Bible et se taire, il doivent seulement écouter le son du schofar, cette trompette faite dans une corne de bélier qui évoque la Parole de Dieu. C’est le temps où nous faisons silence devant Dieu pour recevoir ce qu’il cherche à nous apporter : un supplément de force, d’intelligence, un peu plus de foi, d’espérance et d’amour… Le temps que nous soyons suffisamment formé pour vaincre l’obstacle.

Alors, enfin, ils ont leur mot à dire, et même à crier, comme une réponse à la Parole de Dieu. Chacun est libre de crier ce qu’il veut, chacun s’exprime ainsi de toutes les dimensions de son être, corps, intelligence, cœur et esprit. L’ensemble de ces voix forme un concert dont la force et la beauté est formidable.

Alors les murailles tombent d’elles-mêmes, ce qui nous bloquait, nous empêchait de résoudre le problème disparaît et nous pouvons monter et l’emporter facilement contre ce qui nous empêchait d’avancer, et menaçait ainsi notre espérance, notre bonheur et notre vie.

Après la difficile sortie d’Égypte, les multiples péripéties de la traversée du désert, après Jéricho, l’histoire du peuple hébreu se prolonge ensuite dans le livre de Josué, avec d’autres combats, d’autres scènes évoquant le secours de Dieu… Et c’est vrai que l’existence humaine est ainsi. Sauf quelques petits moments de paix dans notre existence, nous avons presque toujours l’impression d’être devant un obstacle difficile. La vie est comme cela. D’abord parce que chaque nouvelle étape de la vie est difficile à franchir et offre, pour celui qui veut être en chemin, de nouveaux défis. Je suis même persuadé que dans la vie future, il y aura aussi les difficultés propres à cette vie purement spirituelle. Car la vie est comme cela et s’il n’y avait plus à avancer comme dans une terre inconnue ce ne serait plus la vie mais la mort éternelle.

D’ailleurs cette étape de Jéricho évoque littéralement l’entrée dans la Terre Promise, c’est-à-dire au sens spirituel l’entrée dans le Royaume de Dieu. Nous sommes donc ici précisément dans cette question de savoir ce que c’est que la vie véritable.

Dans la Bible, le Royaume de Dieu commence pour nous dès aujourd’hui, dans la mesure où Dieu règne effectivement sur nous. Il ne faut pas imaginer un gouvernement tyrannique, mais plutôt, comme nous le voyons ici, une œuvre de création de Dieu en collaboration avec nous-mêmes, pour nous nous élever, en approfondissant notre foi, en éclairant notre espérance, en formant notre intelligence et notre capacité à aimer. Voilà, dit l’Éternel à Josué, « maintenant je suis arrivé », il nous suffit de lever les yeux pour le voir et d’écouter pour l’entendre.

Josué est donc dans le Royaume de Dieu, et ce royaume, oh surprise, comporte des combats contre des obstacles. Mais en réalité c’est normal, tout cheminement est un effort, tout acte de création est une mise en ordre du chaos, toute réforme, toute conversion ne se fait pas sans combats intérieurs, sans résistance de nos anciens préjugés et de nos anciens réflexes, sans ajustements dans nos relations avec les autres…

C’est ainsi que je comprends cette phrase surprenante de Jésus qui nous dit dans l’Évangile que « maintenant, le royaume des cieux est forcé, et ce sont les violents qui s’en s’emparent. » (Matthieu 11:12) Bien entendu, ce n’est pas une violence contre les autres personnes, mais il y a là, à mon avis, une vérité : la vie éternelle est quelque chose d’énergique.

La vie éternelle, ou la vie par la foi, puisqu’il s’agit de la même chose, est ainsi un combat. Mais elle est aussi et d’abord deux choses qui nous apprêtent pour ce combat : elle est un repas et elle est un dialogue avec Dieu.

Le menu de ce premier repas en Terre Promise est composé de pain sans levain et de grains de blés grillés. La promesse était pourtant d’arriver dans un pays où coule le lait et le miel, où sont donc ces gourmandises qui sont le signe du Royaume dans lequel Dieu nous a fait entrer ?

Le lait et le miel sont dans la présence de Dieu.

Le lait car Dieu est connu dans la Bible comme un Père, mais aussi comme une mère pleine de tendresse qui nous aime et nous allaite comme son enfant bien aimé. Et c’est bien ainsi que nous sommes dans le Royaume de Dieu c’est par la grâce de Dieu, nous sommes faibles et petits, buttant sur mille obstacle, mais une mère n’en veut pas à son bébé d’être petit, elle lui donnera du lait jusqu’à ce qu’il grandisse un peu.

Et le miel, évidemment, est produit par les abeilles. Pour savourer ce miel il faut savoir qu’il y a un jeu de mot évident en hébreu entre le mot abeille et le mot parole qui sont de la même racine. Le miel est ainsi la nourriture délicieuse et fortifiante qui produite par la parole, en l’occurrence par le dialogue entre Josué et l’ange tenant l’épée de la Parole, puis dialogue entre la Bible et notre propre vie, dialogue enfin entre la Parole de Dieu qui forme lentement les hommes, et voix des hébreux qui s’exprime enfin et emporte la victoire sur la mort.

Merci, oh notre Dieu pour ta tendresse et pour ta force, que tu nous donnes avec une telle abondance !

Amen

Amen

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